La douleur localisée à la jonction entre le poignet et la main est un motif de consultation extrêmement fréquent en chirurgie orthopédique. Pour le patient, la sensation de blocage ou de « décharge électrique » à la base du pouce est souvent invalidante, entravant des gestes aussi simples que tourner une clé, ouvrir un bocal ou tenir un stylo. Pourtant, derrière ce symptôme unique se cachent souvent deux pathologies distinctes : la rhizarthrose et la ténosynovite de De Quervain.
Comprendre la différence entre l’usure cartilagineuse et l’inflammation tendineuse est essentiel pour orienter le traitement et préserver la fonction de la main.
La Rhizarthrose : L’usure mécanique de l’articulation trapézo-métacarpienne
La rhizarthrose désigne l’arthrose de l’articulation située à la base du pouce, entre l’os trapèze et le premier métacarpien. Cette articulation est unique par sa forme « en selle », qui permet au pouce sa mobilité exceptionnelle et son rôle indispensable d’opposition aux autres doigts.
D’un point de vue physiologique, le cartilage qui recouvre ces os s’amincit progressivement. Avec le temps, le frottement os contre os provoque une réaction inflammatoire chronique et la formation de petites excroissances osseuses appelées ostéophytes. Contrairement à une idée reçue, la rhizarthrose n’est pas uniquement liée à l’âge ; des facteurs génétiques, hormonaux (elle touche majoritairement les femmes ménopausées) ou des microtraumatismes répétés peuvent accélérer ce processus.
Le signe clinique caractéristique de la rhizarthrose est une douleur sourde, localisée précisément dans le « creux » à la base du pouce. Elle augmente lors des mouvements de pince (serrer un objet entre le pouce et l’index). À un stade avancé, on peut observer une déformation de la main, le pouce ayant tendance à se rapprocher de la paume, tandis que la base du métacarpien devient saillante, créant ce que l’on appelle une main « en Z ».
La Tendinite de De Quervain : Une inflammation de passage
À l’opposé de l’usure structurelle de l’arthrose, la ténosynovite de De Quervain est une pathologie des tissus mous. Elle concerne les tendons du long abducteur et du court extenseur du pouce. Ces tendons coulissent dans une gaine étroite au bord externe du poignet. Lorsque cette gaine s’épaissit ou que les tendons sont trop sollicités, le coulissement ne se fait plus de manière fluide, créant une inflammation douloureuse.
La douleur de la tendinite est souvent plus aiguë et plus proximale que celle de la rhizarthrose. Elle se situe sur le bord du poignet, au niveau d’une petite bosse osseuse appelée la styloïde radiale. On la retrouve typiquement chez les jeunes parents (portage du nourrisson), les musiciens ou les travailleurs manuels effectuant des mouvements répétitifs d’inclinaison du poignet.
Le diagnostic différentiel se fait souvent par le test de Finkelstein : le patient place son pouce dans sa paume, ferme les doigts dessus, puis incline le poignet vers le petit doigt. Si une douleur vive est déclenchée sur le bord du poignet, le diagnostic s’oriente vers la tendinite plutôt que vers l’arthrose.
Diagnostics et examens complémentaires
Pour distinguer avec certitude ces deux affections, le chirurgien de la main s’appuie sur un examen clinique rigoureux, mais l’imagerie reste le juge de paix.
- La radiographie standard : Elle est l’examen de référence pour la rhizarthrose. Elle permet de visualiser le pincement de l’espace articulaire, la condensation de l’os sous le cartilage et la présence d’ostéophytes. Elle permet également de grader l’évolution de la maladie selon la classification de Dell ou d’Eaton et Littler.
- L’échographie : Elle est particulièrement utile pour confirmer une ténosynovite de De Quervain. Elle montre l’épaississement de la gaine des tendons et parfois un épanchement liquide autour de ceux-ci. Elle permet aussi de vérifier l’absence d’une variante anatomique (comme un septum séparant les deux tendons) qui pourrait expliquer l’échec d’un traitement médical.
Il est important de noter que ces deux pathologies peuvent parfois coexister, notamment chez les patients de plus de 50 ans, rendant le diagnostic clinique plus complexe.
Stratégies thérapeutiques : Du médical au chirurgical
L’approche thérapeutique est toujours graduée. L’objectif premier est de soulager la douleur et de restaurer la fonction.
Pour la rhizarthrose, le traitement initial est médical :
- Le repos et l’appareillage : Le port d’une orthèse de repos nocturne (et parfois diurne) permet de stabiliser l’articulation et de limiter les contraintes mécaniques.
- Le traitement médicamenteux : Les antalgiques et les anti-inflammatoires non stéroïdiens aident à passer les phases de poussées congestives.
- Les infiltrations : L’injection de corticoïdes ou d’acide hyaluronique (viscosupplémentation) peut offrir un soulagement durable, allant de quelques mois à un an.
En cas d’échec du traitement médical et si la gêne fonctionnelle devient trop importante, la chirurgie est envisagée. Plusieurs techniques existent, allant de la trapézectomie (ablation de l’os trapèze avec stabilisation tendineuse) à la mise en place d’une prothèse totale de pouce, similaire à une petite prothèse de hanche, qui offre une récupération rapide et une excellente force de serrage.
Pour la tendinite de De Quervain, la stratégie diffère légèrement :
- L’éviction des gestes nocifs : Identifier le mouvement répétitif en cause est primordial.
- L’infiltration de corticoïdes : Elle est souvent très efficace dans cette pathologie, car elle agit directement sur l’inflammation de la gaine.
- La chirurgie de libération : Si la tendinite récidive, une courte intervention sous anesthésie locale permet d’ouvrir la gaine fibreuse pour libérer le passage des tendons.
Conclusion et perspectives
Qu’il s’agisse de rhizarthrose ou de tendinite, une prise en charge précoce permet d’éviter l’enraidissement et la perte de force. Le choix du traitement dépendra de l’importance de l’usure articulaire, de l’âge du patient et de ses exigences fonctionnelles. Une consultation spécialisée avec un chirurgien de la main permet d’établir un plan de soin personnalisé, privilégiant toujours les solutions les moins invasives avant d’envisager une intervention.
Synthèse : Comparatif Rhizarthrose vs Tendinite de De Quervain
Le tableau ci-dessous récapitule les points clés pour vous aider à mieux comprendre l’origine de votre douleur à la base du pouce.
Caractéristique | Rhizarthrose (Arthrose) | Tendinite de De Quervain |
Localisation | Précisément à la base du pouce (articulation). | Bord externe du poignet (au-dessus du pouce). |
Type de douleur | Mécanique, sourde, liée à la pince pouce-index. | Vive, aiguë, liée aux mouvements du poignet. |
Public type | Femmes de plus de 50 ans, travailleurs manuels. | Jeunes parents, sportifs, mouvements répétitifs. |
Signe visible | Déformation possible en « bosse » ou en « Z ». | Parfois un léger gonflement local (oedème). |
Examen clé | Radiographie de la main et du pouce. | Échographie du poignet. |
Traitement initial | Orthèse nocturne, infiltrations, antalgiques. | Repos, orthèse, infiltration, kinésithérapie. |
Solution chirurgicale | Prothèse ou Trapézectomie. | Libération chirurgicale de la gaine tendineuse. |
FAQ : Questions fréquentes des patients
1. Est-ce que la rhizarthrose finit toujours par une opération ?
Non. De nombreux patients stabilisent leur arthrose grâce au port d’une orthèse adaptée et à des infiltrations régulières. L’opération n’est proposée que lorsque la douleur n’est plus gérable médicalement ou que la fonction de la main est sévèrement altérée.
2. La prothèse de pouce est-elle fiable ?
Oui, les prothèses de nouvelle génération offrent d’excellents résultats avec une récupération de la mobilité souvent plus rapide que la trapézectomie. Cependant, comme toute prothèse, elle a une durée de vie et le choix de cette technique dépend de votre âge et de votre activité.
3. Puis-je continuer à faire du sport avec une tendinite de De Quervain ?
Il est conseillé de suspendre les activités sollicitant fortement le poignet (tennis, golf, musculation) durant la phase inflammatoire aiguë pour éviter que la tendinite ne devienne chronique.
4. Est-ce que l’hérédité joue un rôle ?
Pour la rhizarthrose, oui, il existe une prédisposition familiale fréquente. Pour la tendinite, c’est davantage l’usage répété et l’anatomie locale qui prédominent.
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Dr Delaveau, Dr Ducourneau, Dr Métairie Chirurgiens de la main et du poignet à Bordeaux & Merignac